Catégorie – Vanessa Blumenstein

  • Compte-rendu de la table ronde « Racisme et appartenance religieuse » dans le cadre de la Semaine d’actions contre le racisme / 26.05.2026

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  • Vanessa Blumenstein - Guide en Route
  • À l’occasion de la Semaine contre le racisme, l’Université des Cultures de Genève (UPA), en collaboration avec la Plateforme interreligieuse de Genève (PFIR), a organisé une table ronde intitulée « Racisme et appartenance religieuse ». La table ronde s’est tenue dans l’auditorium du Musée d’ethnographie de Genève (MEG), le samedi 28 mars 2026 au soir.

    À l’occasion de la Semaine contre le racisme, l’Université des Cultures de Genève (UPA), en collaboration avec la Plateforme interreligieuse de Genève (PFIR), a organisé une table ronde intitulée « Racisme et appartenance religieuse ». La table ronde s’est tenue dans l’auditorium du Musée d’ethnographie de Genève (MEG), le samedi 28 mars 2026 au soir. Animée par Maurice Gardiol, elle a réuni quatre intervenant·e·x·s aux profils variés. Les échanges ont porté sur la pluralité des appartenances et sur les tensions qu’elle peut susciter, notamment chez les jeunes. Pour aborder ces questions, l’UPA a invité Cristina Rendon, membre de l’Église luthérienne et formatrice d’adultes, Josué Ferreira, rabbin de la Communauté Juive Libérale de Genève, Camille Gonzales, directrice de Pôle-Rhizome, ainsi que Liridon Abazi, représentant de l’association albanaise Dituria et actif auprès du public adolescent de la Maison de quartier de Saint-Jean.

     

    Rapidement, la discussion s’est articulée autour de l’expérience de la « double vie », vécue par de nombreux jeunes. Camille, de Pôle-Rhizome, illustre, à travers le parcours d’Agim, cette navigation constante entre fidélité à la culture familiale et intégration scolaire, dans un contexte où l’école peut parfois transformer la différence en source de tension. Elle raconte : « Agim sait qu’il vit entre deux mondes et tisse des liens entre ces mondes [...] mais où qu’il soit, il est l’étranger. » Alors que Pôle-Rhizome accueille des personnes venant d’une multitude de pays, la question du sentiment d’appartenance se construit et oscille entre le pays d’origine et le pays d’accueil. Comment respecter qui l’on est, tout en se sentant à sa place ?

     

    L’expérience d’Agim fait écho aux vécus des autres intervenant·e·x·s, notamment Liridon, de l’association Dituria, qui raconte son arrivée en Suisse à l’âge de 12 ans. La question de la langue est centrale pour se sentir intégré, mais le sentiment de « double vie » tend à être une richesse plutôt qu’un poids. Il raconte : « On me demande “comment imagines-tu transmettre ta culture d’origine à tes enfants ?” ou encore “tu es quoi d’abord ?”. Sauf qu’on ne choisit pas nos origines. Je me présente albanais musulman mais je me sens suisse. Je porte aujourd’hui deux cultures qui sont une richesse plus qu’un frein et j’espère que mes enfants le vivent aussi comme ça ».

     

    Cependant, bien que la vision de Liridon illustre la beauté de la diversité, Josué, engagé auprès des jeunes de la communauté de sa synagogue, rappelle qu’il existe une autre réalité qui confronte les enfants à l’incompréhension de leurs camarades dans le milieu scolaire, ce qui les empêche d’assumer librement leurs croyances religieuses. Josué raconte que certains enfants déclarent : « À l’école je ne dis pas que je suis juif, je dis que je suis chrétien, comme ça il n’y a pas de problème ».

     

    La discussion a ensuite interrogé le rôle du système éducatif et l’intégration de la question religieuse à l’école. Il s’agit d’une démarche importante pour montrer que la diversité des appartenances religieuses, lorsqu’elle est partagée et assumée, favorise la connaissance mutuelle et la création de liens plutôt que de susciter des incompréhensions. Mais comment intégrer la question des religions dans le milieu scolaire dans un Canton laïc tel que Genève ? Camille explique que, depuis la votation genevoise de 2019 sur la laïcité, les faits religieux sont enseignés dès l’école primaire dans les écoles publiques. « Cet enseignement a pour vocation d’aborder les religions comme des faits anthropologiques, en montrant les manières dont les sociétés se sont historiquement et socialement construites autour des questions religieuses, tout en allant au-delà des idées de “vérité”. » En effet, les institutions scolaires jouent un rôle non négligeable dans la transmission de ces connaissances auprès des jeunes. Maurice Gardiol, membre de la PFIR, a poursuivi en soulignant que la laïcité d’État renvoie à un traitement égal de toutes les religions, sans discrimination ni favoritisme. Pour cette raison, afin de traiter tout le monde de la même manière, il faut connaître ces différentes religions. C’est ce que Cristina souligne à la fin de la table ronde : « Bien qu’on veuille traiter tout le monde de la même manière, on n’a pas tous·te·x·s les mêmes besoins. Par exemple, la question des signes : le voile n’est pas la même chose qu’une petite croix portée au cou. Les lois ne sont pas toujours adaptées, nous ne sommes pas tous égaux. »

     

    Chaque individu est traversé par une pluralité d’appartenances, qu’il s’agisse de croyances religieuses, du pays d’origine, du pays d’accueil, du milieu familial ou encore du cadre scolaire. Partager ces singularités ne relève pas du prosélytisme, mais d’un échange. Un échange qui mérite d’être pensé et discuté afin de favoriser le bien-être de chacun·e·x au sein de l’école. C’est, notamment, dans cette perspective que le projet « Dialogue en Route » crée des espaces de discussion pour comprendre les mécanismes de discrimination. En proposant des visites guidées aux groupes scolaires, « Dialogue en Route » souhaite renforcer la connaissance mutuelle et ainsi favoriser la déconstruction de préjugés en lien avec la diversité culturelle et religieuse. Cette belle rencontre lors de cette table ronde a offert un débat important sur les tensions et les richesses de cette pluralité, en aspirant à une société consciente de ses différences.


    Image : Affiche de l’édition 2026 de la Semaine d’actions contre le racisme en Ville de Genève.

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  • Expérience hors du corps : le phénomène de la conscience entre religion et science / 02.06.2025

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  • Vanessa Blumenstein - Guide en Route
  • Longtemps considérées dans le registre du mystique et du paranormal, les expériences hors du corps (EHC) suscitent l’intérêt croissant de la communauté scientifique. La particularité du phénomène questionne la relation entre le corps et la conscience. Comment expliquer que certain·e·x·s vivent un détachement corporel ?

    Longtemps considérées dans le registre du mystique et du paranormal, les expériences hors du corps (EHC) suscitent l’intérêt croissant de la communauté scientifique. La particularité du phénomène questionne la relation entre le corps et la conscience. Comment expliquer que certain·e·x·s vivent un détachement corporel ? Ces personnes racontent s’être séparées de leur enveloppe physique, leur permettant d’observer leur propre corps depuis un point de vue surélevé.[1] Les EHC surviennent autant chez des personnes en bonne santé que dans des contextes médicaux et pathogènes, ce qui renforce le mystère du phénomène de la conscience.

    La question du lien entre l’esprit et le corps est connue dans beaucoup de contextes :  chamanismes, philosophies de la Grèce antique ou encore christianisme.[2] Au début du XXème siècle, avec l’essor du spiritisme et de la parapsychologie, la communauté scientifique se penche de plus près sur le sujet. Mais ce sera surtout dans les années 1960, sous l’influence du mouvement psychédélique et de l’intérêt pour les états modifiés de conscience, que l’expression « out of body » en anglais émerge.[3] Aujourd’hui, pourtant, malgré l’avancée des technologies et des connaissances, les causes des EHC restent obscures.

    Se détachant au fil des siècles de la religion, les sciences vont tenter de trouver une explication au phénomène. L’approche psychologique propose de comprendre les mécanismes et raisons derrières la décorporation. Peut-on trouver une réponse dans l’étude de ce qui est éprouvé psychiquement durant une EHC ? L’approche psychopathologique questionne l’implication du danger. En effet, les récits de décorporation sont souvent relatés lors d’expériences de mort imminente, lorsque l’intégrité de l’individu est menacée.[4] Cette hypothèse suggère une fonction adaptative face à la peur de mourir, bien que la parapsychologue Susan Blackmore y voie plutôt un phénomène normal de la conscience, comparable au rêve, et possible sans menace vitale, par exemple lors d'une méditation ou à l’endormissement. Sur le plan neurologique, Olaf Blanke identifie une zone postérieure du cerveau impliquée dans la sensation d’incarnation, issue de la coordination de signaux visuels, vestibulaires et proprioceptifs.[5] Autrement dit, l’analyse inconsciente de l’espace, dans lequel nous nous trouvons et bougeons, implique la sensation d’être dans notre corps ou non. Les travaux de Blanke expliquent que la décorporation résulte d’un dysfonctionnement d’intégration de ces signaux. En d’autres termes, l’EHC est réduite à une illusion.

    Cependant, les études sur le cerveau sont limitées. Les explications psychologiques ne  peuvent pas prendre en compte l’ensemble des paramètres impliqués dans les EHC, qui s’inscrivent dans de nombreux contextes avec de nombreuses causes. Les études actuelles dans le domaine se trouvent face à une impasse, à laquelle l’approche spirituelle offre des solutions. Cette approche propose d’autres cadres interprétatifs au phénomène qui prennent en compte le sens de l’expérience pour celles et ceux qui le vivent. Dans le contexte du christianisme primitif ou des mouvements New Age, l'EHC est intégrée dans une vision où le corps est limité, tandis que l’esprit est libre et adjacent au divin ou à l’univers. L’EHC donnerait accès à une autre réalité, au lieu d’être un dérèglement de perception. La diversité des interprétations des expériences de décorporation souligne la nécessité d’un dialogue entre science et spiritualité, pour mieux comprendre les mystères de la conscience humaine.

    Image tirée de : Aspell, J. E., & Blanke, O. (2009). Understanding the out-of-body experience from a neuroscientific perspective. In C. D. Murray (Ed.), Psychological and scientific perspectives on out-of-body and near-death experiences (pp. 73–88). New York: Nova Science : p. 74.

     

    [1] Aspell, J. E., & Blanke, O. (2009). Understanding the out-of-body experience from a neuroscientific perspective. In C. D. Murray (Ed.), Psychological and scientific perspectives on out-of-body and near-death experiences (pp. 73–88). New York: Nova Science : p. 74.

    [2] Le Maléfan, P. (2005). La « sortie hors du corps » est-elle pensable par nos modèles cliniques et psychopathologiques ? Essai de clinique d'une marge. À propos d'un cas. L'Évolution psychiatrique, 70(3) : p. 517.

    [3] Ibid., p. 514.  

    [4] Le Maléfan, P. (2005). La « sortie hors du corps » est-elle pensable par nos modèles cliniques et psychopathologiques ? Essai de clinique d'une marge. À propos d'un cas. L'Évolution psychiatrique, 70(3) : p. 521.

    [5] Ibid., p. 523.

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