
11.05.2026
Compte-rendu du café philosophique « Éléments de communication animale » dans le cadre du Festival Histoire et Cité
Invitée par le Festival Histoire et Cité à Genève le 28 mars 2026, Virginie Jean a raconté comment elle soigne les animaux par le reboutement, l’homéopathie animale et d’autres approches non conventionnelles. Son récit illustre parfaitement le thème du festival cette année – « Comme par magie » –, qui explore les relations entre science et croyance, réel et surnaturel.
Dans les montagnes valaisannes, Virginie Jean mène une vie agricole à la fois intense et hors du commun. Technicienne en radiologie de métier, elle conjugue cette activité avec des soins aux animaux par le reboutement, l’homéopathie vétérinaire, la gemmothérapie et la communication intuitive. Sa vocation s’explique difficilement par des mots, mais s’inscrit dans une histoire de transmission et de lien profond avec le vivant.
Depuis petite, le monde de l’invisible est une évidence pour Virginie. À l’âge de quatre ans, elle perd brutalement sa mère. Élevée par sa grand-mère, elle observe très tôt cette dernière poser les mains sur les animaux. « Cela a toujours été naturel pour moi », dit-t-elle. Pourtant, accepter ce qu’elle reçoit ne se fait pas sans résistance. Comme d’autres qui développent ce type de capacités, elle se demande d’abord : pourquoi moi ? Aujourd’hui, sa fille est témoin de son travail sur le terrain et s’imprègne à son tour de ces gestes et de cette présence. « La transmission se fait naturellement, au feeling, sans impliquer le mental », précise Virginie.
Au quotidien, Virginie vit en contact étroit avec « ses bêtes », deux mots qu’elle prononce avec un amour palpable. Ses bêtes, ce sont des vaches de la race d’Hérens, une race particulièrement liée à l’être humain qu’elle élève avec passion. Dans sa pratique de soin, elle s’occupe aussi d’autres races et animaux. Si Virginie travaille avec les animaux plutôt qu’avec les humains, c’est parce que cela lui fait du bien, tout simplement. « Les vaches sont ma ressource, elles m’apportent un équilibre. Elles me confrontent beaucoup aussi. Les animaux ont une énergie plus fluide. C’est pareil qu’avec les jeunes enfants qui ont la chance de ne pas avoir la barrière du mental », précise-t-elle.
Ses bêtes, Virginie les observe énormément. Au-delà des symptômes visibles – boiterie, troubles digestifs, problèmes de peau – elle peut percevoir un changement de comportement, même léger, ou une différence dans l’atmosphère du troupeau. Elle envisage l’animal dans sa globalité : « Je me demande toujours : qui est ma vache ? »
Sa sensibilité et ses connaissances lui permettent d’intervenir aussi bien sur des cas physiques que sur ce qu’elle perçoit comme des troubles plus émotionnels ou relationnels. C’est pourquoi elle intervient dans deux types de situations : les urgences (accident grave, entorse, corne cassée, etc.) et les cas chroniques, où elle cherche systématiquement à remonter à l’origine du trouble. Elle raconte par exemple avoir observé chez certaines vaches une toux persistante après la perte d’un animal avec lequel elles entretenaient un lien fort dans le troupeau. Face à un symptôme qui n’est pas seulement physique, mais aussi émotionnel, Virginie demande alors à l’éleveur de lui raconter « le début de l’histoire ». « Je cherche la cause, la racine », explique-t-elle.
Son travail repose largement sur l’intuition. Une forme de communication intuitive s’installe, que certain·e·x·s rapprocheraient de la médiumnité. « Il arrive que l’animal me montre, comme un film. Il confirme ou infirme. » Avant l’intervention, Virginie reçoit aussi des informations de la part de l’éleveur, mais au moment de rencontrer l’animal, elle oublie tout pour se mettre dans un état neutre, réceptif : « Je me mets dans une bulle avec lui. Je ne cherche pas à expliquer et à comprendre. Il faut juste laisser faire et être. Moins le mental intervient, mieux c’est. »
Longtemps perçues avec méfiance, ces approches restent controversées dans les milieux scientifiques, même si elles trouvent aujourd’hui une place plus reconnue auprès de certain·e·x·s éleveur·euse·x·s et vétérinaires. Dans le « petit monde de la race d’Hérens où tout le monde se connaît », dit Virginie, les retours positifs des éleveur·euse·x·s aux vétérinaires contribuent à changer les regards. Certain·e·x·s vétérinaires font désormais appel à elle, qui ne cherche ni à convaincre ni à s’imposer. Toutefois, elle insiste : « Je ne fais pas de miracles », comme pour court-circuiter l’image parfois idéalisée du reboutement.
Cette vie aussi proche des animaux a créé des liens forts entre Virginie et ses vaches. « Certaines sont comme des membres de la famille », dit-elle. Or dans un élevage, les animaux sont aussi destinés à être consommés. Virginie en est pleinement consciente. « C’est une chance de pouvoir manger des animaux que j’ai élevés. » Pour elle, la mort fait partie du cycle. Avec son lot de deuils, évidemment ! Certaines bêtes lui sont d’ailleurs trop chères pour qu’elle puisse les manger. Avant l’abattage, Virginie prend le temps de remercier l’animal. Un moment chargé de sens qui résonne avec sa volonté de ramener une forme de sacré dans la relation entre l’humain et l’animal. Cette vision contraste avec celle du monde humain, où la mort est souvent médicalisée et vécue comme un échec ou une fin. Virginie, pour sa part, évoque une continuité après la mort : « Il reste quelque chose, une énergie, une trace. » Une énergie soutenante, ajoute-t-elle, qui lui donne envie de poursuivre son travail auprès du troupeau.
Image : Site internet du Festival Histoire et Cité : https://histoire-cite.ch/programme/elements-de-communication-animale/