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04.02.2026

Neige, violence et frontières : la réalité de la migration forcée en hiver

La migration forcée, c’est-à-dire le déplacement obligatoire de personnes hors de leur pays pour survivre, est un phénomène qui concerne nos sociétés de plus en plus directement puisque nous côtoyons de plus en plus de personnes qui ont dû quitter leur pays.

Ce que nous imaginons souvent de ces personnes, c’est qu’à un certain moment de leur vie, pour des raisons plus ou moins graves, elles ont décidé de partir et, après avoir fait leurs bagages, elles ont entrepris un voyage plus ou moins pénible, par la mer ou à travers des terres peu identifiées, jusqu’à arriver en Europe.

Parce que ces personnes sont si proches de nous, il est important de savoir que le voyage qu’elles ont affronté est bien plus dur que ce que l’on peut penser. Cet article a donc pour objectif d’apporter une très brève clarification sur ce que sont ces « voyages » vers l’Europe et, en particulier, sur la situation hivernale actuelle.

Tout d’abord, les routes sont multiples et peuvent être maritimes ou terrestres. Parmi celles qui mènent vers l’Europe, on trouve la route des Balkans (depuis la Grèce ou la Turquie à travers des pays qui peuvent varier, comme la Bulgarie, la Serbie, la Bosnie ou la Croatie) et celles de la Méditerranée (qui peuvent partir de Libye, passer par l’Afrique du Nord et l’Espagne ou aller de la Turquie vers la Grèce, Chypre et la Bulgarie).

Chaque voyage exige une énorme dépense d’énergie, d’argent et beaucoup de courage, car les routes sont très dangereuses, que les personnes se trouvent sur des embarcations en pleine mer ou à pied dans les montagnes bulgares. De plus, la violence de la police et de l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, Frontex, est inouïe et va jusqu’à des tortures physiques et psychologiques.

En particulier en cette période de l’année, où nous aimons porter un pull de plus et des gants même nous qui vivons dans des villes européennes, la route des Balkans (par laquelle on estime que plus de 100’000 personnes transitent chaque année) devient extrêmement dangereuse. Des personnes ayant vécu dans des climats tropicaux ou désertiques se retrouvent à marcher pendant plusieurs jours avec de la neige jusqu’aux hanches, pour ensuite risquer d’être arrêtées par la police, comme cela arrive souvent, surtout dans les forêts bulgares et à la frontière bosno-croate. La police oblige alors systématiquement les personnes rencontrées à enlever vestes et chaussures, brise leurs téléphones (si elles en ont) et les abandonne au milieu d’une forêt en pleine nuit.

En cet hiver qui vient de commencer, j’ai donc une pensée pour toutes ces personnes qui se retrouvent contraintes de risquer leur vie et d’être déshumanisées à l’intérieur des frontières de cette Europe « démocratique et civilisée », ainsi qu’à toutes les personnes qui vivent, travaillent et étudient à nos côtés et dont nous ignorons trop souvent l’énorme effort de survie qu’elles ont accompli et qu’elles accomplissent chaque jour.


Image : Un groupe de personnes viennent de partir d’un camp pour aller essayer de passer la frontière entre le nord de la Bosnie et la Croatie. © Penelope Scacchi, février 2023.